13 avril 2009
Il n'a rien d'un ermite ou d'un Robinson Crusoë des temps modernes. Jovial, souriant et très accueillant, Jonathan Gueguen vit pourtant tout seul, depuis un peu plus d'une semaine, sur Ilur, petite île déserte du golfe du Morbihan. Car ce grand gaillard de 22 ans est le premier gardien du site, géré par le Syndicat intercommunal d'aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM).
Solide expérience
Originaire du Cloître-Pleyben, entre les Monts d'Arrée et les Montagnes Noires (Finistère), Jonathan n'était pas destiné à une vie insulaire. «Vivant à la campagne, j'ai toujours aimé la nature et surtout la mer. Et puis dans la famille, c'est un peu une vocation! Mon frère travaille comme chargé technique dans l'environnement et mon amie prépare une licenceenvironnementale». Lors de son brevet de technicien agricole en gestion de la faune sauvage, il s'envole au Québec pour un premier stage de trois mois, avant d'effectuer une étude sur l'Ile aux Dames, en baie de Morlaix sur les sternes de Dougall au cours de son BTS en gestion et protection de la nature. Une solide expérience avant de se lancer dans l'aventure sur Ilur. «C'est une véritable chance d'avoir été choisi car il n'y a pas beaucoup de boulot dans l'environnement malgré le développement actuel de ce secteur».
«Vivre avec les marées et le soleil»
Arrivé avec ses valises le 1eravril, Jonathan découvre peu à peu son nouvel environnement et apprend à gérer la vie en solitaire. Il a pris ses quartiers dans la «Maison de Babeth» à l'entrée du village. Situé en plein coeur de l'île, on y accède de la Grande Plage par un chemin verdoyant bordé de haies. «Quand j'ai su que j'étais sélectionné, je me suis préparé psychologiquement à être seul. Et j'avoue que j'appréhendais un peu cette épreuve. Mais ce travail dans l'environnement, c'est ma passion et c'est donc beaucoup plus facile à supporter». Jonathan n'est pourtant pas coupé du monde puisqu'il rencontre une à deux fois par semaine les chargés de mission du SIAGM. Il n'est qu'à 5mn de l'île d'Arz en bateauoù il se rend régulièrement pour faire ses courses. «Les deux premiers soirs ont été un peu durs. Quand la nuit est tombée, je me suis retrouvé un peu démuni. La cheminée fumait beaucoup, je n'avais pas déballé mes affaires, bref la panique!». En attendant la future installation de panneaux photovoltaïques et solaires, un groupe électrogène lui fournit l'électricité. «En ce moment, j'aime bien m'éclairer à la bougie le soir. De toute façon, quand je rentre, je suis vite crevé. J'en profite pour lire. Je vis en fonction des marées et du soleil, et j'adore! Maintenant, j'ai une autre idée du confort».
Tour de garde quotidien
Levé donc très tôt le matin, Jonathan n'a pas le temps de chômer. A peine son café avalé, il enfile ses bottes et part «en reconnaissance» pour son premier tour de garde. En éclaireur averti, il observe les mouvements des oiseaux nicheurs, les traces de terriers ou encore les espèces végétales telles les orchismales. «Il faut que je repère les différents écosystèmes de l'île pour pouvoir ensuite délimiter les zones sensibles à protéger». Car sa mission consiste avant tout à préserver cet «écrin naturel» du golfe. Le jeune gardien doit également veiller à ce que son bateau reste bien accroché ou ne s'enlise pas dans le sable. «Je dois sans arrêt vérifier les horaires des marées. Le bateau et mon téléphone, c'est ce qui me relie aux autres».