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Ilur (56). Jonathan, ange gardien de la petite île

13 avril 2009

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Du haut de ses 22 ans, le jeune Finistérien Jonathan Gueguen est, depuis le 1er avril, le gardien de la petite île d'Ilur, au sud d'Arz dans le Golfe du Morbihan. Avant d'assurer pleinement la préservation du site naturel, il va devoir apprivoiser les lieux et surtout la vie en solitaire. Rencontre sur les lieux.

Il n'a rien d'un ermite ou d'un Robinson Crusoë des temps modernes. Jovial, souriant et très accueillant, Jonathan Gueguen vit pourtant tout seul, depuis un peu plus d'une semaine, sur Ilur, petite île déserte du golfe du Morbihan. Car ce grand gaillard de 22 ans est le premier gardien du site, géré par le Syndicat intercommunal d'aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM).

Solide expérience

Originaire du Cloître-Pleyben, entre les Monts d'Arrée et les Montagnes Noires (Finistère), Jonathan n'était pas destiné à une vie insulaire. «Vivant à la campagne, j'ai toujours aimé la nature et surtout la mer. Et puis dans la famille, c'est un peu une vocation! Mon frère travaille comme chargé technique dans l'environnement et mon amie prépare une licenceenvironnementale». Lors de son brevet de technicien agricole en gestion de la faune sauvage, il s'envole au Québec pour un premier stage de trois mois, avant d'effectuer une étude sur l'Ile aux Dames, en baie de Morlaix sur les sternes de Dougall au cours de son BTS en gestion et protection de la nature. Une solide expérience avant de se lancer dans l'aventure sur Ilur. «C'est une véritable chance d'avoir été choisi car il n'y a pas beaucoup de boulot dans l'environnement malgré le développement actuel de ce secteur».

«Vivre avec les marées et le soleil»

Arrivé avec ses valises le 1eravril, Jonathan découvre peu à peu son nouvel environnement et apprend à gérer la vie en solitaire. Il a pris ses quartiers dans la «Maison de Babeth» à l'entrée du village. Situé en plein coeur de l'île, on y accède de la Grande Plage par un chemin verdoyant bordé de haies. «Quand j'ai su que j'étais sélectionné, je me suis préparé psychologiquement à être seul. Et j'avoue que j'appréhendais un peu cette épreuve. Mais ce travail dans l'environnement, c'est ma passion et c'est donc beaucoup plus facile à supporter». Jonathan n'est pourtant pas coupé du monde puisqu'il rencontre une à deux fois par semaine les chargés de mission du SIAGM. Il n'est qu'à 5mn de l'île d'Arz en bateauoù il se rend régulièrement pour faire ses courses. «Les deux premiers soirs ont été un peu durs. Quand la nuit est tombée, je me suis retrouvé un peu démuni. La cheminée fumait beaucoup, je n'avais pas déballé mes affaires, bref la panique!». En attendant la future installation de panneaux photovoltaïques et solaires, un groupe électrogène lui fournit l'électricité. «En ce moment, j'aime bien m'éclairer à la bougie le soir. De toute façon, quand je rentre, je suis vite crevé. J'en profite pour lire. Je vis en fonction des marées et du soleil, et j'adore! Maintenant, j'ai une autre idée du confort».

Tour de garde quotidien

Levé donc très tôt le matin, Jonathan n'a pas le temps de chômer. A peine son café avalé, il enfile ses bottes et part «en reconnaissance» pour son premier tour de garde. En éclaireur averti, il observe les mouvements des oiseaux nicheurs, les traces de terriers ou encore les espèces végétales telles les orchismales. «Il faut que je repère les différents écosystèmes de l'île pour pouvoir ensuite délimiter les zones sensibles à protéger». Car sa mission consiste avant tout à préserver cet «écrin naturel» du golfe. Le jeune gardien doit également veiller à ce que son bateau reste bien accroché ou ne s'enlise pas dans le sable. «Je dois sans arrêt vérifier les horaires des marées. Le bateau et mon téléphone, c'est ce qui me relie aux autres».

  • Virginie Lacaze

Le fleurondu projet de Parc naturel régional

Trente-sept hectares étendus sur plus d'un kilomètre au sud de l'Ile d'Arz, Ilur n'impressionne pas tant par sa superficie que par la diversité de ses habitats naturels (ou écosystèmes) très bien préservés. Dans le cadre du projet de Parc naturel régional du Morbihan, le SIAGM entend faire d'Ilur un site de référence en matière de développement durable et de préservation des écosystèmes. Première mission de Jonathan Gueguen: valoriser la mosaïque paysagère de l'île.

Faune et flore

Prairies (50%), mares (1,1%), schorres (2,9%), pelouses littorales (2,7%), broussailles (10%), boisement à saule (1,6%), à orme (25%) ou de chêne vert (2,3%), le gardien dispose de tout un outillage (tronçonneuse, débroussailleuse, tracteur...) pour entretenir ces espaces. «Il faut préserver les prairies avec les haies, ouvrir les marais pour les oiseaux, rafraîchir le chemin et le baliser. Puis, enlever les baccharis, espèces invasives des marais et par contre maintenir les plantes locales comme les orchismales, petites orchidées sauvages», précise le jeune gardien. Il prévoit de faucher les prairies à l'automne après la période de nidification des oiseaux. Côté faune, le site regorge d'oiseaux nicheurs: tadornes de Belon «qui volent en couple et nichent dans les terriers de lapins», fauvettes à têtes noires, aigrettes, canards colvert mais aussi de lapins et de quelques rongeurs. «On va arriver en pleine période de reproduction des oiseaux et nous souhaitons préserver les parties sud et nord de l'île». D'où l'importance de limiter les flux touristiques pendant l'été.

Cinq fours à pain

Autre chantier à engager: l'entretien des maisons de l'ancien bourg. «Je vais devoir nettoyer les maisons, notamment la Maison de vie qui pourra accueillir des réunions du SIAGM». Par ailleurs, le bourg a la particularité de posséder cinq fours à pain dont l'un à l'extérieur de la maison. Depuis son arrivée, Jonathan tient un journal de bord, véritable «feuille de route» de ses activités. Il attend d'ailleurs un chargé de mission du SIAGM cette semaine pour établir ensemble un état des lieux des oiseaux nicheurs de l'île.

La gestion de l'île Ilur

Acquise en 2008 par le Conservatoire du littoral et des espaces lacustres, Ilur a ainsi quitté le domaine privé. A la demande du nouveau propriétaire, le projet de Parc naturel régional du golfe du Morbihan a accepté d'assurer la gestion de ce site naturel. Sa principale mission étant de classer le golfe en parc naturel régional, le Syndicat intercommunal d'aménagement du golfe du Morbihan (SIAGM) mène plusieurs actions de préfiguration dont celle sur l'île Ilur. Le projet sur Ilur entend assurer une gestion adaptée au site, basée sur le concept de développement durable alliant préservation du site, économie locale, autonomie énergétique et environnement.

Une mosaïque paysagère à valoriser

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